Un baptême de larmes.

 


Est-ce que vous aussi, vous les avez connues ?

Ces larmes, incontrôlables, inexplicables, à l'instant où votre coeur a rencontré votre Sauveur ? 

J'écoutais ce matin le témoignage d'un jeune homme qui racontait avoir pleuré si fort qu'il en était tombé à genoux, si fort qu'il en avait eu mal et qu'il avait supplié le Seigneur d'arrêter de Lui manifester Son amour ; car il était trop, trop fort, trop infini, et qu'il ne pouvait pas le contenir. 

J'ai trouvé son récit bouleversant et il m'a rappelé le mien, et tous ceux qui j'ai entendus et qui rapportent la même expérience ; alors je me suis demandé ce qu'il pouvait bien y avoir derrière toutes ces conversions vécues dans les larmes, ce qu'elles voulaient dire, et si je ne suis pas sûre qu'elles disent chaque fois la même chose, voici en tout cas ce que les miennes, je crois, exprimaient à ma place. 

Et en ce jour où l'Eglise célèbre le Très Saint Nom de Jésus, j'ai eu le sentiment diffus qu'au fond, c'était peut-être bien lui, ce nom, qu'elles disaient à ma place. 

Jésus. 

"Dieu sauve". 

Un baptême de larmes.

Quand j’ai rencontré le Christ, j’ai pleuré.

Beaucoup. Longtemps.

J’ai pleuré sur le moment et puis encore les jours suivants, sans trop savoir pourquoi, un peu comme si quelque chose en moi continuait de se déverser bien après que cet étrange, ce merveilleux événement soit passé. Des litres de larmes. Un débordement. Un trop-plein impossible à contenir.

Au fil du temps, en écoutant d’autres récits de conversion, j’ai constaté que j'étais loin d'être la seule à avoir rencontré mon Seigneur au milieu de ces pleurs incontrôlables ; et je trouve ça beau, puissant, j'y perçois un sens immense. Parce qu'en ce qui me concerne, je crois que ces larmes disaient mille choses à la fois.

Elles disaient "pardon".

Parce que la lumière est aussi venue éclairer les zones que j'avais soigneusement laissées dans l’ombre ; j'ai pleuré mes fautes et plus encore tout ce temps perdu à errer loin de Dieu et à chercher ailleurs ce qui était là depuis toujours (c'est d'ailleurs exactement les mots que mon coeur a entendus "Je suis là, j'ai toujours été là") J'ai pleuré tous les détours inutiles, mes résistances, mes blessures, toutes les illusions que cette rencontre venait pulvériser ; tout ce que j'ai cru nécessaire pour réussir à exister sans Lui.

Elles disaient "merci".

La gratitude, la reconnaissance pour cet amour infini qui, soudain, m'a submergée, traversée, enveloppée tout entière. Un amour que je ne méritais pas, un amour disproportionné et devant lequel il ne me restait plus qu’à pleurer, faute de mieux. Parce que pendant que je maudissais Dieu, pendant que je me moquais des croyants, pendant que je Le crucifiais mille fois par jour, Lui m'aimait. Et Il m'attendait. Pouvez-vous imaginer ?

Elles disaient "s'il vous plaît."

Car quelques années plus tôt, au milieu de mon errance, du haut de mon arrogance, j'avais fait encrer "Save yourself" dans ma peau et soudain, en un éclair, je venais de prendre la mesure de mon erreur, et toute mon âme, tout mon coeur semblaient hurler "pitié, aidez-moi. Relevez-moi. Je me suis trompée. Je n'en peux plus et je n’y arrive pas seule. Je n'aurais jamais pu me sauver seule."

Elles disaient "je vous aime".

Très mal, c'est vrai. Mais je le sens, là, à l'intérieur, cet amour qui se diffuse lentement dans mon coeur. Prenez-le, acceptez-le. Je n'ai que ça à vous offrir. 

Voilà tout ce que disaient mes larmes.

Quand j'y pense, je crois aussi qu'elles lavaient quelque chose, qu’elles nettoyaient mon regard, comme si mon âme, après avoir tant regardé de travers, avait besoin d’être purifiée pour réapprendre à bien voir, à voir juste, à voir Dieu tel qu’Il est et à me voir moi-même dans toute ma faiblesse, dans toute mon imperfection.

C'est par mon corps qu'elles sont passées parce que mon âme n’avait plus d’autre issue et qu'elles disaient ce que mes mots étaient alors incapables de formuler. Je crois d'ailleurs qu'elles disaient aussi le nom, Ce Nom, le seul par lequel nous devions être sauvés ; avant que mes lèvres ne le prononcent et ne l'implorent, elles le faisaient pour moi tous ces jours où, sans que je puisse me l'expliquer, elles inondaient mon visage.

Et elles ont précédé la foi claire et consciente, comme un passage, une traversée, un second baptême. Un baptême de larmes.

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