Une seule âme

 


Il y a quelques jours, mon mari et moi avons prié ensemble pour la première fois depuis longtemps. Trop longtemps. Pris dans le rythme des jours, emportés par nos activités respectives, nous ne prions qu'en famille et chacun de notre côté. Mais ce soir-là, enfin, nous avons pris le temps de nous agenouiller ensemble, de prier ensemble. Et cela faisait si longtemps que nous en avions perdu l'habitude; et nous étions là, comme gênés, nous faisant des politesses "Tu veux commencer ? - Non, toi vas-y", intimidés, cherchant nos mots. C'est idiot, peut-être, mais cela m'a rappelé à quel point la prière est un acte intime. Pas les prières usuelles, celles que l'on peut adresser au Ciel au sein d'une église, au milieu d'autres personnes, dans des intentions communes et générales ; celles que l'on adresse à partir du fond de son âme, de sa pauvreté, pour notre foyer, nos enfants, notre mariage, nos joies et nos douleurs toutes personnelles. Car nous sommes une seule chair et notre union n'est pas seulement physique, elle est aussi spirituelle ; l'une se vit dans l'amour, l'autre dans la prière, et les deux nous rendent infiniment vulnérables face à l'autre et à Dieu ; les deux portent en elles une force créatrice puissante et merveilleuse, en recevant la vie, en recevant la grâce.

Une seule âme.

On sous-estime, je crois, l'importance de prier à deux. Peut-être parce qu'on a tendance à oublier que le mariage est avant tout l'union de deux âmes, de deux coeurs, union qui se manifeste autant dans la chair que dans l'esprit, dans un même moment de lien et d'intimité qui engendre et réengendre la vie ; par les enfants que l'on créés et par les grâces que l'on reçoit. 

Il y a quelque chose de profondément intime et intimidant dans le fait de s'agenouiller devant Dieu pour lui confier ses pauvretés, toutes ses faiblesses, pour se présenter devant Lui l'âme à nu et se laisser entrevoir dans toute sa fragilité. Bien sûr, dans l'hypothèse d'un mariage sain et heureux, chacun connaît déjà l'autre dans la vérité de son âme, dans ses forces et ses vulnérabilités, mais c'est une chose de se les confier l'un à l'autre et une autre de les confier devant Dieu comme un enfant se confie à son Père. Et malgré tout, dans les prières que l'on dit ensemble, comme d'une seule voix, il émane toujours le sentiment d'être recentrés, car nos regards, car nos esprits sont orientés dans la même direction et confient des intentions communes ; on ne prie pas seulement pour soi mais pour "notre foyer", "nos enfants", "notre famille", pour ce "nous" qui nous contient tout entiers, pour mieux s'aimer, pour mieux élever ceux que l'on doit et faire un meilleur usage des grâces que Dieu nous offre.

On se rappelle alors que nous ne sommes ni maîtres ni juges, que nous sommes plus qu'un homme, qu'une femme, mais que nous sommes, d'abord et avant tout, enfants et serviteurs d'un même Dieu, dont la nature est pareillement blessée, d'où les défauts, les blessures, les incompréhensions, d'où la nécessité d'envelopper l'autre d'un regard de compassion plutôt que d'exaspération et de poser sur soi-même un regard humble, capable de reconnaître nos propres manques et nos propres fautes.

Et, quels que soient les fardeaux, petits ou grands, que l'on vient déposer ensemble, pour peu que l'on prenne le temps et que l'on s'imprègne de la Présence toute divine du Seigneur, on en ressort apaisés et armés du désir renouvelé de s'aimer et de se porter mutuellement jusqu'au Ciel.

En vérité, je crois que la prière conjugale n’est pas seulement un acte de piété mais un acte d’amour, un amour qui, devant la source de toute vie, de toute grâce, se laisse sans cesse raviver. Et chaque fois que des époux prient ensemble, il renaît entre eux une lumière, une force, une unité venues de Celui qui, depuis le commencement, les avait destinés à devenir une seule chair, une seule âme.

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