"Je suis l'Immaculée Conception" - Le chef-d'oeuvre de Dieu.

 


"Comment pourrait-on raisonnablement supposer Marie un instant souillée du péché originel ? La Mère de Dieu devait être une demeure toute pure, un tabernacle sans tache pour le Fils de Dieu. Si la gloire des parents rejaillit sur leurs enfants, il en est ainsi de leur déshonneur ; la tache originelle, en Marie, rejaillirait donc sur Jésus-Christ Lui-même, ce qu’on ne peut admettre sans faire injure à la sagesse de Dieu. Non, Satan n’eût jamais pu dire au Sauveur : "Toi qui prétends vaincre ma puissance, souviens-Toi que j’ai régné sur Ta Mère." " 

- Abbé Léon Jaud

"Je suis l'Immaculée Conception" - Le chef-d'œuvre de Dieu

Je crois qu'on ne comprend vraiment l’Immaculée Conception qu’en regardant Dieu comme un artisan divin préparant avec soin la créature qu’Il destine à une mission unique ; en préparant Marie, Dieu a créé un chef-d’œuvre qui manifeste à la fois Sa sagesse, Sa délicatesse et Sa toute-puissance.

Imaginez un joaillier penché sur une pierre vouée à une fonction toute singulière, un diamant, un cristal, peut-être, infiniment précieux. Cette pierre ne devra pas simplement être belle ; elle devra se laisser entièrement traverser par la lumière, sans l’altérer, sans l'assombrir. Bien sûr, le moindre défaut, la moindre impureté suffirait à tout gâcher ; alors le joaillier travaille en amont et, plutôt que de polir une pierre imparfaite, il en créé une lui-même, sur-mesure, et la préserve de toute atteinte. C’est ainsi que Dieu a préparé Marie. En elle, Il n’a pas guéri la blessure originelle (en tout cas pas a posterori) ; Il l’a, tout simplement, empêchée d’exister.

Car le Christ n’a pas tiré Son humanité du néant, mais Il a pris Sa chair dans la chair de Marie. Or comment Dieu aurait-Il pu s'incarner dans une nature blessée par le péché ? Le Verbe devait posséder une humanité pleinement digne, entièrement conforme à Sa gloire et capable de porter le salut à l’humanité ; si la nature humaine de Marie avait été entachée, même faiblement, elle aurait introduit une imperfection dans le mystère de l’Incarnation ; or Celui qui est saint par essence ne pouvait s’unir à une chair corrompue. 

Bien entendu, la Très Sainte Vierge a été rachetée par le Christ, comme nous tous, mais elle l'a été d’une manière différente et infiniment plus profonde. La Rédemption agit en elle par anticipation, comme une lumière qui se lève avant l’aube, et Dieu, qui n’est pas limité par le temps, lui a appliqué les mérites futurs de la Croix dès le premier instant de son existence. Dès sa conception.

C'est aussi ce que révèlent les Saintes Écritures, comme lorsque l’ange salue Marie et l'appelle “comblée de grâce”, κεχαριτωμένη, qui signifie un état permanent, ancien, entier et achevé. Ce terme, extrêmement particulier, n’inaugure pas en elle un état nouveau mais révèle un état déjà donné auparavant et qui implique que la grâce a pris en elle toute la place, n'en laissant, de fait, aucune pour le péché. De même, lorsque Dieu annonce après la chute : "Je mettrai une inimitié entre toi et la femme", Il décrit une opposition totale et sans compromis ; cela implique nécessairement que Marie n’ait jamais été esclave du démon, pas même un court instant.

Tout cela, l'Eglise le croyait et l'affirmait déjà depuis des siècles et le Pape Pie IX l'avait officiellement érigé en dogme à peine quatre ans auparavant lorsque, en 1858, la Sainte Vierge est apparue à Lourdes. À sainte Bernadette qui lui demandait son nom, elle a répondu, avec une simplicité désarmante : "Je suis l’Immaculée Conception." Elle aurait pu dire "j’ai été conçue immaculée", mais elle a dit "je suis l'Immaculée", formule ô combien particulière, comme pour exprimer son identité, son être tout entier.

La Sainte Vierge n’est pas l’Immaculée Conception pour elle-même, comme une fin en soi ; elle a été préparée ainsi pour le Christ. Elle est le diamant que la main divine a taillé avant l’aube afin qu’aucune ombre ne ternisse la lumière du Verbe, la liberté intacte nécessaire à l’Incarnation ; la Terre nouvelle où Dieu, enfin, peut semer le Ciel.

Ainsi le Père a voulu sculpter pour Son Fils le plus beau, le plus pur des sanctuaires, afin de manifester la grandeur et la dignité incroyables de l’Incarnation. Le fiat de Marie relève ainsi du choix souverain d’un cœur parfaitement libre, lumineux, capable de répondre à Dieu avec toute la force de sa volonté intacte. C'est le plus grand, le plus merveilleux des consentements, celui par lequel elle a coopéré à l'oeuvre rédemptrice de Dieu, raison pour laquelle elle est, et demeurera à jamais Co-rédemptrice ; grâce à ce "oui" unique et absolument irremplaçable. 

Car de même que par la ruse du démon Ève est devenue cause de chute et de mort pour l’humanité, par la grâce de Dieu Marie est devenue cause de vie en abondance pour le monde et, par son consentement, par sa coopération toute singulière, elle devient véritablement le canal par lequel la grâce se répand sur l’humanité, participant au plan divin de salut comme une médiatrice privilégiée.

Elle est le chef-d’œuvre qui révèle l’Artiste ; la créature qui montre ce que la grâce accomplit lorsqu’elle ne rencontre aucun obstacle. "Le Tout-Puissant a fait pour moi de grandes choses", s'écrie-t-elle dans le Magnificat pour proclamer, humblement, l'oeuvre incroyable que Dieu a accompli en elle. Elle n’exalte pas sa propre grandeur mais la gratuité absolue de la grâce qui a fait d’elle la créature la plus parfaitement accordée à la volonté divine. 

Finalement, quand on contemple l’Immaculée Conception, on ne contemple rien de moins que l'infinie sagesse de Dieu ; car le salut du monde est une œuvre patiemment ménagée, pensée de toute éternité, dans laquelle rien n'est laissé au hasard. Dieu prépare, anticipe, Il pense chacun de nous pour nous préparer au ministère qui nous revient, comme Il l'a fait avec Sa sainte Mère. La Sainte Vierge n'est pas seulement le chef-d’œuvre de Dieu ; elle est aussi l'annonce de ce qu'Il veut accomplir en chacun de nous et la preuve vivante que la grâce est une puissance réelle, capable de transformer, d’élever et transfigurer les âmes.

Et devant un tel mystère, il nous ne reste qu'à nous mettre à genoux, le cœur rempli d'admiration et d’émerveillement, pour adorer et louer Dieu, pour contempler la grandeur de Sa sagesse, la beauté de Sa grâce, la profondeur insondable de Son dessein et l’œuvre indicible, merveilleuse, qu’Il a accomplie en Sa Très Sainte Mère.


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