Hier, pour la dernière fois...



Six ans à être la mère d'un brasier, et ma gratitude est infinie.

Hier, pour la dernière fois...

Hier, pour la dernière fois, je l’ai vu avoir cinq ans. Cinq ans, avec cette manière de parler, de s’émerveiller, de vivre ; avec cette lumière qui n’appartient jamais qu’à un âge donné et qui, à mesure que le temps s'écoule, n'est plus jamais tout à fait celle qu'elle était à l'étape d'avant. Elle n'est pas nécessairement moins belle, pas moins vive, seulement différente. Et je me dis parfois qu'on devrait fêter les derniers jours de chaque âge autant que les premiers. 

J'ai beau vouloir retenir chaque détail, j’ai beau prendre mille photos et autant de vidéos, j’ai beau essayer de graver dans ma mémoire la courbe de son sourire, ses intonations ou la petitesse de ses mains, je sais que le temps se chargera de diluer mes souvenirs, lentement, imperceptiblement, au milieu de tous ceux qu’il nous reste encore à fabriquer, si Dieu le veut.

La seule chose qui demeure inchangée, c'est ce lien d'âme qui nous unit. Car je suis sa mère, aujourd’hui, maintenant, dans ce passage tout singulier où il quitte un âge pour en aborder un autre, avec la conscience qu'il s'agit d'un don, d'un privilège, fait d’amour et de responsabilité que Dieu a déposé là, entre mes mains.

Car Il m’a donné un fils au tempérament vif, puissant, flamboyant, habité d'une énergie à la fois belle et brute qui déborde souvent, comme un torrent qui chercherait la mer sans encore connaître le chemin. Et c’est moi qu’Il a choisie pour le guider, ce torrent, pour apprendre à mon enfant à diriger sa force vers le bien, vers le vrai, vers Dieu ; pour lui montrer comment transformer ce feu intérieur en lumière plutôt qu’en incendie. Je le vois, je l’admire, et parfois, souvent, je me sens désarmée. Je me demande pourquoi Dieu m’a confié une âme si forte, à moi qui me sens pourtant si fragile, si pleine de doutes, si consciente de mes limites.

Mais je sais qu’Il ne fait pas d'erreur et qu'Il me donne les grâces, les forces, toute la puissance intérieure dont j'ai besoin pour mener au mieux ma mission et, malgré les tempêtes, malgré ces jours où je me sens épuisée ou dépassée, malgré les milliards de questions qui ont traversé mon esprit depuis sa naissance, je reste emplie d’honneur et de gratitude. Parce qu’être la mère de ce petit garçon me permet d'être témoin d’une Å“uvre merveilleuse et d'accompagner sa vie, son âme, pour mieux la voir grandir et apprendre à Le connaître, à L’aimer, à Le servir, à jouir de toutes les indicibles beautés de la Création.

Aujourd’hui, il a six ans, et il y a dans mon coeur la joie, le bonheur de le voir devenir lui-même, un peu plus chaque jour, porté par la grâce, enveloppé de tout l’amour que je peux lui donner, guidé par cette force, cet appétit de vivre, cette soif du monde qui le caractérisent tant. Je rends grâce pour tout ce qu’il a été, pour tout ce qu’il est, et pour tout ce qu’il sera tant que Dieu continuera, encore longtemps je l'espère, de nous garder ensemble.

Et si comme moi vous avez des enfants dont on dit qu'ils ne sont "pas faciles", si parfois vous vous sentez dépassée, pas armée, pas à la hauteur, souvenez-vous, comme moi, que Dieu ne se trompe pas et que c'est vous qu'Il a choisie, tout particulièrement, connaissant toutes vos failles, vos luttes, et les forces que vous ne soupçonnez pas ; vous seule qu'Il a jugé digne d'être leur mère. 

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