Éternels innocents.
Le Christ est à peine né que déjà les forces du mal se déchaînent. Incapables de L’atteindre, elles frappent tout ce qui Lui ressemble ; les petits, les faibles, les innocents. Hier comme aujourd’hui.
Nos voix ne doivent pas seulement s’élever pour défendre des enfants, mais l’Enfance elle-même ; pas seulement des innocents, mais l’Innocence, cette innocence que le Christ a choisie, qu’Il a épousée, dont Il s’est revêtu pour venir à notre rencontre. Pour nous sauver. Ce combat n’est pas d’abord politique, ni sociétal. Il est spirituel, et il traverse les siècles sans vraiment changer de visage.
Alors tous, à notre échelle, nous devons être des gardiens ; de la Vie, de l’Enfance, de cette Innocence que Dieu a jugée digne d’entrer dans le monde. Pour nous.
Éternels innocents.
Matthieu 2:16-18
"Alors Hérode, voyant que les Mages s'étaient joués de lui, entra dans une grande colère, et envoya tuer tous les enfants qui étaient dans Bethléem et dans les environs, depuis l'âge de deux ans et au-dessous, d'après la date qu'il connaissait exactement par les Mages.
Alors fut accompli l'oracle du prophète Jérémie disant:
Une voix a été entendue dans Rama, des plaintes et des cris lamentables: Rachel pleure ses enfants; et elle n'a pas voulu être consolée, parce qu'ils ne sont plus."
Les Saints Innocents ont été arrachés à la vie dans un déferlement de violence absurde, victimes de la folie d’Hérode et de la haine contre le Christ qu’il ne pouvait atteindre. Leur seul crime fut de Lui ressembler. Avant les apôtres, avant les grands saints de l'Histoire, il y a eu des enfants, ces enfants. Les tout premiers martyrs.
Si leur sang a coulé, c'est évidemment parce que le démon déteste la Vie, l’Innocence ; parce qu’il déteste le Christ et tout ce qui est à Son image.
Et il ne s'est certainement pas arrêté à Bethléem ; car aujourd’hui encore, le Mal ne cesse de s'acharner sur les plus petits, animé de la même haine, la même colère, la même détermination.
Aujourd’hui, les Innocents, ce sont ces millions d’enfants à naître, arrachés à la vie dans le silence des cabinets médicaux au nom du confort, de la peur ou du droit de choisir ; millions d'âmes anonymes qui ne portent même pas de nom.
Ce sont ces enfants négligés, battus, abusés et trahis par ceux-là mêmes qui auraient dû les protéger, existences à jamais brisées dans le secret, loin des regards, derrière des portes closes.
Ce sont ceux que l’on marchande, que l’on déracine, que l’on arrache aux bras de leur mère pour les vendre et satisfaire les caprices d’adultes en mal d’enfant, transformés en objets de contrat, de commerce, de réparations narcissiques.
Ce sont ces enfants exploités, réduits en esclavage, ces petites filles mutilées, mariées de force, offertes à la concupiscence des hommes ; toutes ces vies piétinées, ces enfances ruinées sans même avoir été vécues.
Ce sont aussi ces enfants qui meurent sous les bombes, dans les guerres, affamés, meurtris, sacrifiés sur l’autel de la folie humaine, des intérêts économiques et des calculs politiques ; corps frêles ensevelis sous les décombres, regards éteints par des conflits qu’ils n’ont pas choisis, victimes collatérales d’un monde qui prétend défendre la paix tout en nourrissant la mort.
Et puis, il y a ceux que l’on ne tue pas physiquement mais que l’on abîme intérieurement. Ceux que l’on précipite trop tôt dans des mondes d’adultes sous couvert de progrès, de liberté ou d’éducation. Des enfants dont on trouble le regard, dont on brouille le sens moral, dont on vole la pudeur, l’émerveillement, la lente maturation de l’âme.
On pourrait relativiser, on pourrait croire que ce n'est rien, à côté du reste, et s'il est vrai que c'est évidemment très différent, cela reste malgré tout une violence grave, profonde, durable, comme une atteinte à l’innocence et à ce temps sacré de l’enfance qui devrait être honorée et protégée de toute intrusion.
Il y a, enfin, ceux que l’on ne supporte plus, que l’on tolère à peine, que l’on juge encombrants, bruyants, gênants et que l’on exclut peu à peu de la vie publique pour préserver le confort des adultes. Tous ces enfants à qui l’on n’apprend plus à être écoutés, respectés, aimés comme ils le méritent.
Le démon n’a pas changé de stratégie ; il frappe toujours là où la ressemblance avec Dieu est la plus grande ; dans l’enfance, dans sa vulnérabilité, dans sa dépendance totale vis-à-vis des plus forts. Toutes ces situations dépassent de loin les sphères sociales et politiques ; c'est un combat spirituel. Le même sempiternel combat.
Et on ne peut pas, on ne doit pas détourner le regard. On ne peut pas rendre les armes. On ne peut pas tout porter sur nos épaules, mais c'est à nous qu'il revient de défendre l’enfance, coûte que coûte, de rappeler que chaque enfant est sacré, voulu par Dieu, digne d’amour et de protection. Contrairement à ce que certains semblent croire, il ne s'agit pas d'une option ; c'est un devoir. Il nous faut refuser le compromis, cesser de défendre l'indefendable au nom de la compassion et de l'empathie, sous prétexte que certains peuvent s'exprimer quand d'autres ne le pourront jamais.
Nous devons être la voix de ceux qui n’en ont pas, être un rempart, des gardiens de la Vie, même s'il existe mille cas particuliers, mille problématiques qui méritent d'être prises en compte, pensées et résolues ; rien, jamais, ne doit pouvoir justifier la mise à mort d'une âme innocente.
Et cela commence chez nous, dans nos propres foyers, dans la manière dont nous accueillons nos enfants, le regard qu'on porte sur eux, dans notre capacité à les protéger, à nourrir leur âme. Cela commence dans le dialogue que l'on ouvre avec les autres pour tenter de les éveiller et leur offrir d'autres perspectives quand elles croient n'en avoir aucune. Cela réside avant tout dans notre capacité à identifier et à nommer le mal là où il se trouve et à percevoir les traits du Christ derrière tous ceux de nos enfants.
Le Massacre des saints Innocents est d’ailleurs presque toujours représenté avec des femmes, des mères, serrant leurs enfants contre elles, s’interposant de leur propre corps face aux bourreaux. Cela me donne à croire que Dieu a voulu placer le courage maternel comme premier rempart, et que ce combat pour la Vie nous incombe, à nous mères, d’une manière toute particulière, viscérale et sacrée.
Saints Innocents, priez pour nous, et apprenez-nous à protéger courageusement tous les innocents d’aujourd’hui.,



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