Dieu suffit.

 


"Aimer quelqu'un, c'est être heureux à l'idée qu'il existe."

Je ne sais plus qui a dit ou écrit cela ; je me rappelle seulement avoir été frappée par la justesse de cette affirmation lorsque je l'ai entendue, il y a dix-sept ans, enc ours de philosophie. Et elle me revient, aujourd'hui, au milieu de cette première semaine de l'Avent qui voit le monde et l'Eglise se réjouir à la simple idée que Dieu ait choisi de s'incarner. Cette attente nous (re)donne l'occasion de purifier notre amour et d'apprendre à nous tenir dans la seule adoration de cette Présence qui, bientôt, se donnera à voir à Sa création, et à ne plus seulement aimer les consolations de Dieu, mais bien davantage le Dieu des consolations.

Dieu vient.

Je prends conscience que l’attente propre à l’Avent ne nous apporte, en vérité, rien d’autre que cela ; la joie de savoir que Dieu S’est incarné. Voilà l'objet de toute nos réjouissances. Cette Présence, cette lumière qui vient dans notre nuit. Mais qu'en est-il le reste du temps ? Il me semble quelques fois qu'on entretient trop souvent avec le Seigneur une relation utilitariste, chargée d’attentes, comme si on oubliait que Son existence représentait déjà tout, absolument tout ce dont nous avons besoin.

C'est un peu comme si nous n'avions pas encore appris à L'aimer pour Lui-même, comme s’Il n’était jamais tout à fait Dieu tant qu’Il n’avait pas répondu à quelque manque intérieur, tant que Ses grâces ne nous étaient pas pleinement, immédiatement perceptibles. Et ce faisant, on L'utilise plus qu'on ne L’aime.

L'aimer pour ce qu’Il est suppose donc de déplacer le centre de gravité de notre vie spirituelle pour passer d’un rapport où Dieu tient surtout le rôle de soutien et de consolateur à une disposition intérieure où l’on reconnaît qu’Il possède, en Lui-même et indépendamment de toute grâce, une grandeur infinie qui appelle l’adoration. C’est difficile, parce que cela contredit notre réflexe profond de tout ramener à notre mesure. Cela exige de renoncer à l’idée que Dieu serait avant tout une réponse à nos attentes alors qu’Il est d’abord une Présence ; souveraine, éternelle, infiniment aimable.

C’est ce qu'il y a de si beau, de si puissant dans le mystère de l'Incarnation. Car si Dieu avait dû répondre selon nos désirs, selon ce que nous aurions jugé convenable, Il n’aurait jamais choisi de venir dans la pauvreté d’une étable, au cœur de la nuit, loin des regards. Qui aurait imaginé que la réponse tant attendue, celle que le peuple de Dieu implorait depuis des siècles, surgirait dans une crèche, sous les traits d’un nouveau-né, dans un lieu que personne n’aurait jugé digne de Lui ? C'est là, pourtant, qu’Il S'est manifesté, comme pour nous montrer que Son temps n’est pas le nôtre, et que Sa manière de répondre déjoue inévitablement nos attentes.

Cela doit nous encourager à persévérer dans la foi et la prière, même lorsque rien ne se passe comme on l’espérait. Parce qu’aimer Dieu pour ce qu’Il est implique d'être en mesure d'accepter qu’Il ne soit pas soumis à nos rythmes, nos urgences, notre impatience, et que Sa valeur ne dépende pas de ce qu’Il nous accorde, mais de ce qu’Il est en Lui-même ; le Bien, la Vérité, l’Amour et la Beauté absolus.

Alors, enfin, on cesse de chercher un Dieu utile, et, de tout son coeur, on apprend à accueillir pleinement, simplement, le Dieu vivant.

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