La religion est-elle un outil de contrôle ?

 


Toute société repose sur des repères communs ; autrement, il n'y a pas de vie commune possible. Sans règles, pas de liberté, mais le chaos, et l'anarchie ; imaginez des gens à qui l'on n'imposerait aucune limite, des conducteurs qui n'auraient aucun code de la route auquel se référer, des constructions qui chercheraient à s'affranchir des lois de la physique. La loi morale chrétienne ne vise pas à brider mais à nous rendre capables de choisir le bien et de nous délivrer de l’esclavage de nos passions et du péché. C'est un cadre, une structure qui n’étouffe pas notre liberté mais qui la rend possible comme notre squelette nous rend capables de nous mouvoir et de tenir debout.

C'est toujours la même histoire ; on confond croire la liberté avec l'absence de limites. Mais la licence, c’est-à-dire la liberté sans ordre, finit nécessairement par se dissoudre dans le chaos ; c'est parce que le musicien accepte la mesure et l'harmonie qu’il peut faire naître une œuvre, et c’est parce que l’Homme se soumet à la loi de Dieu qu’il échappe à la tyrannie de son propre chaos intérieur.

Et ce que le monde perçoit comme contrainte est en réalité le seul moyen de préserver la Vie, la Vérité, la Paix.

La religion est-elle un outil de contrôle ?

Je ne compte plus les fois où il m'a fallu lire et entendre que la religion, en particulier le christianisme, est un outil de contrôle des masses. Et si je peux comprendre qu'on en arrive à le croire (parce que je l'ai moi-même cru) faute d'avoir sérieusement étudié la question, c'est un argument qui ne tient plus la route une fois qu'on le dissèque à la lumière de l'Histoire et du bon sens.

Parce que c'est quoi, au fond, un outil de contrôle ? Et pour quelles raisons un système cherche-t-il à dominer ? Accumuler des richesses, obtenir des privilèges, exercer un pouvoir militaire, satisfaire des intérêts terrestres et matériels... Pour y arriver, il manipule, il soumet par la peur, il promet des récompenses alléchantes et immédiates. Or, rien de tout cela ne s'applique au Christianisme. 

Aux débuts de l'Eglise, être Chrétien ne rapportait rien, sinon des risques ; dire sa foi revenait à s'exposer à la marginalisation, à la persécution et, souvent, à la mort (parfois précédée de torture). Aucun gain matériel, aucun avantage politique, aucune position de pouvoir ; tout à perdre, rien à gagner (aux yeux du monde, du moins). C'est malheureusement encore le cas aujourd'hui, dans certaines régions du monde. Ce n'est donc certainement pas par intérêt ni pour asseoir un quelconque contrôle que les disciples du Christ ont commencé à prêcher l'Evangile, ce n'est pas par intérêt qu'ils se convertissent encore par milliers aujourd'hui, parfois au péril de leur vie. C'est par conviction. Le contrôle vise la sécurité, la richesse et le pouvoir ; le christianisme s’est construit sur le sacrifice, la pauvreté et la croix. Pas très alléchant.

 Il est logiquement absurde de penser qu’une religion inventée pour dominer aurait choisi pour fondement un chemin aussi coûteux et dangereux, absurde de croire que tant d'hommes se seraient consciemment livrés aux martyres les plus immondes pour défendre un mensonge. 

Et d'ailleurs, quel mensonge auraient-ils cherché à défendre ? Celui d'un Christ, mort et ressuscité, qui prêchait le pardon, l'amour de ses ennemis, le détachement des richesses et le service rendu aux autres jusqu'au don de soi absolu. Pourrait-on imaginer stratégie plus lamentable pour asseoir une autorité avide de privilèges et de pouvoir et pour attirer les Hommes ?

 Certes, l'Eglise reconnaît une autorité et une hiérarchie, mais elle n'a rien de tyrannique, cette autorité, bien au contraire ; elle est mise au service du bien commun et de la vérité. Dans la perspective chrétienne, le pouvoir est subordonné à la charité et à la responsabilité morale, jamais l’inverse. Le Christ disait être venu pour servir, pas pour être servi ; Il a demandé à ceux qui voulaient être les premiers de se faire les derniers. C'est ça, dominer ?

Que certains hommes d'église trahissent leur Seigneur et l'Evangile, cela est arrivé et arrive encore et c'est malheureusement le cas dans toute institution humaine. Il y a des médecins, des enseignants, des parents, des détenteurs de l'autorité militaire ou politique qui, chaque jour, abusent ceux qu'ils sont censés protéger, réalité tragiquement humaine qui en dit davantage sur leur nature et le péché que sur ce qu'ils sont censés représenter.

Quant aux supposées richesses de l'Eglise, les monuments, le Vatican, tout cela relève d'un patrimoine spirituel, artistique et historique ; l’Église ne possède pas des trésors pour s’enrichir, elle n'érige pas des cathédrales pour se faire des palais mais pour témoigner, par la beauté, de la gloire de Dieu. De même, les apparats des papes ne relèvent pas d'une espèce de luxe mondain mais de symboles sacrés, faits pour représenter par le terrestre et le visible les splendeurs du Ciel et l'invisible. La tiare, la chape, l’anneau, ne sont là que pour manifester la majesté de Celui qu'ils servent, pas la leur ; car sous ces vêtements il n’y a jamais qu’un homme, pécheur comme tous les autres, portant sur ses épaules la charge du berger. Tout Catholique le sait.

D'ailleurs, ces accusations sont souvent lancées à l'encontre de l'Eglise mais, si l’on veut parler de dérives financières ou de manipulations, il faut aussi avoir l’honnêteté de reconnaître que c'est un problème très présent au sein d'autres communautés dont les pasteurs s'érigent en gourous, bâtissent leurs fortunes sur la crédulité de leurs disciples et infligent des abus spirituels d’une gravité effrayante, preuve que les dérives ne sont pas l’apanage du catholicisme mais celui du cœur humain, quand il se détourne de Dieu.

Enfin, ce n'est pas par la force que l'Eglise cherche à s'établir mais par la parole, les sacrements, la charité, autant de réalités qui n’ont de pouvoir que sur ceux qui y consentent librement.Rien n’est plus étranger au christianisme que la contrainte ; car la foi n’existe que dans la liberté. Dieu ne veut pas des esclaves, il veut des fils qu'il désire sauver de ce qui les détruit ; Ses commandements n'ont pas pour but de nous entraver mais de nous préserver. Si vous êtes parents, cela vous parle sans doute ; ce n'est pas pour les soumettre ou pour le plaisir de les voir obéir qu'on impose des limites à nos enfants, c'est parce qu’on veut leur bien et le bien de ceux qui les entourent.

In fine, l’accusation selon laquelle la religion serait un instrument de contrôle vient toujours du même réflexe de la rébellion contre la vérité, écho de la première, de l'éternelle tentation : "Vous serez comme des dieux." Ce monde ne supporte pas l’idée de devoir se soumettre à une autorité qui le dépasse et confond liberté et indépendance absolue, structure et prison.

L'ironie, c'est que les détracteurs de la foi sont souvent prompts à brandir l’argument du “contrôle” religieux pour s’affranchir de Die, mais beaucoup moins enclins à questionner les puissances qui, elles, exercent un contrôle bien réel ; les industries, institutions et systèmes économiques qui asservissent les Hommes à leurs désirs, les rendent dépendants, et s’enrichissent sur leur dos.

Bref, si on est honnete, on ne peut que reconnaître que les principes du christianisme, par leur nature même, limitent le pouvoir au lieu de le renforcer, qu'il n’offre aucun avantage humain immédiat, il ne nous caresse pas dans'e sens du poil, et ses arguments sont aux antipodes de ce que notre chair et nos appétits réclament ; parce qu'il ne cherche pas à plaire, et certainement pas à asservir, mais à sauver. 

Et si l’on croit que la foi cherche à nous contrôler, c’est qu’on n’a pas compris qu'elle repose d'abord sur une relation d’amour entre l’âme et Dieu, un amour que les lois divines protègent, entretiennent et purifient pour préserver intacte la communion entre l'Homme et son Créateur. 

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