Comment osent-elles ?
Aux yeux de la société, les mères au foyer n’ont aucune valeur, pensez-vous ; elles ne génèrent pas de richesse directe, elles ne créent pas de profit, elles ne rapportent rien, rien qu'on puisse compter, quantifier, dont on puisse bénéficier, et d'ailleurs, leurs enfants non plus. Zéro retour sur investissement. Le néant absolu.
Si les enfants passaient leurs journées à coudre des sacs de luxe et pouvait être transformés en petite machine rentable, le discours serait sans doute bien différent. Là ce serait utile, là ça aurait du sens, là on contribuerait.
Mais faire grandir un être humain ? Lui transmettre la foi, le sens moral, l’intelligence, la maîtrise de soi ? Le préparer à devenir un adulte responsable ? Certainement pas.
Quel drame, quelle tristesse, cette vision productiviste qui a remplacé le vrai bien par l’utile, le beau par le rentable et la personne par la performance.
Ce n'est pourtant qu'un mensonge de plus car, soyez-en sûrs, élever des enfants est réellement la plus grande contribution que l'on puisse offrir à la société.
Comment osent-elles ?
Encore tombée sur un commentaire, le énième, d’une femme qui ne comprend pas comment les mères au foyer osent "profiter du système" au lieu de "contribuer" à la société.
Apparemment, aux yeux de certains, élever les générations futures serait moins utile que de passer sa journée à remplir des tableurs Excel (aucun mépris pour ceux qui le font, vous voyez l’idée -du moins j’espère-).
Et pourtant, il faut le dire, il faut le répéter jusqu’à ce que ça s'imprime ; élever un enfant est littéralement la plus grande contribution qu’un être humain puisse offrir à la société. Concrètement, objectivement, rationnellement.
Parce qu'élever un enfant, ça va bien plus loin que d'assurer son bien-être et sa survie, ça signifie, surtout, former un adulte en devenir, un ami, un époux, un parent responsable, un voisin attentif, un être doté d’intelligence, de caractère, de sens moral. Ça implique de lui offrir des repères, une colonne vertébrale intérieure, une stabilité émotionnelle, de nourrir son esprit pour le rendre libre, capable de discerner le vrai, le bien, le beau, et de le rendre au monde, de lui apprendre à aimer, et à aimer bien, à se maîtriser, à servir et à donner sens à ce qui l'entoure.
Et on voudrait nous faire croire qu'on ne contribue pas à la société ?
L’ironie, c’est que les mères au foyer ne profitent absolument pas du système ; elles font contre le système, malgré le système, malgré un modèle qui voudrait les renvoyer au travail deux mois à peine après avoir donné la vie, malgré les discours de ceux qui pensent que la valeur de ce qu’elles accomplissent se mesure en euros sur un bulletin de salaire, malgré un système éducatif qui tente d’absorber toujours plus tôt leurs enfants et de réduire toujours davantage leur liberté d’instruire, malgré une culture qui méprise tout ce qui n’est pas immédiatement rentable.
Ce sont encore elles qui absorbent à longueur de temps tout ce que personne d’autre n’assume à leur place et qui investissent leur temps, leur énergie, leur patience, leur intelligence, leurs talents et tout leur cœur pour que ces petits êtres deviennent des adultes solides et équilibrés, capables d’en élever d’autres après eux.
Si donc cela n’est pas une contribution, qu’est-ce qui en est une ?
Une société qui méprise les mères est une société qui se suicide ; car elle tient ou s’effondre selon la manière dont elle traite ses enfants, ceux dont les mères nourrissent l'âme et le cœur.
Qu’on le veuille ou non, qu’on le reconnaisse ou non, si demain toutes les mères arrêtaient de faire ce qu’elles font, la société s’écroulerait en moins de temps qu'il ne faut pour le dire, raison pour laquelle, précisément, certains voudraient tant les détourner de leur vocation. Car une mère qui investit pleinement son rôle possède un pouvoir qui ne s’achète pas, ne se contrôle pas et peut réellement changer le cours d’une civilisation.
Et à ceux qui seraient tentés de me dire que les mères qui travaillent contribuent tout autant et qu'elles aussi élèvent leurs enfants, je répondrai que oui, évidemment qu’elles contribuent, évidemment qu’elles élèvent leurs enfants, personne ne le nie.
Cependant, il faut bien comprendre que la vie d’une mère au foyer se confond avec la vie de ses enfants, à chaque heure du jour et de la nuit. Son rythme, ses journées, ses pensées, ses projets, ses responsabilités sont littéralement imbriqués dans les leurs ; elle gère l’éducation, les soins, la gestion du foyer, l’organisation domestique, l’accompagnement émotionnel, les apprentissages, les imprévus, les maladies, les colères, les joies, en continu, du matin au soir, sans sas, sans coupure, sans temps mort et parfois sans relais. C’est une implication totale, constante ; son énergie, son attention, sa disponibilité sont entièrement tournées vers le foyer.
Les mères qui travaillent vivent dans une structure différente ; leur journée se découpe, se répartit, alterne entre plusieurs espaces de responsabilité. Elles accomplissent deux missions à la fois, ce qui demande aussi une force immense, et elles méritent évidemment reconnaissance, soutien et respect.
En fait, le problème n’a jamais concerné le débat mères au foyer vs. mères qui travaillent ; le problème c’est que la société valorise l’une et dénigre l’autre, elle admire volontiers celle qui contribue économiquement mais refuse obstinément de reconnaître celle dont la contribution est purement civilisationnelle.
Dire que les mères au foyer contribuent à la société n’est pas une attaque contre les mères qui travaillent en dehors de chez elles mais une réponse à une culture qui veut faire croire qu’une mère n’a de valeur que lorsqu’elle est loin de ses enfants et lorsque son temps vaut littéralement de l'argent.
Les mères qui travaillent contribuent.
Les mères au foyer contribuent.
Un monde qui n'a de cesse de piétiner pas la valeur unique, irremplaçable et inquantifiable du travail des mères au foyer est un monde profondément malade.
Car ce sont bel et bien les enfants qui écrivent l’avenir, et leurs mères avec eux.



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