Aliénée.

 


Quand on a connu le monde, on n’en ressort jamais indemne.

On croit jouer avec lui ; c’est lui qui joue avec nous. C'est lui qui nous entraîne dans ses vertiges, sa surconsommation, ses plaisirs instantanés qui n’ont ni racine ni destination.

Avant Dieu, ma volonté était faible,

Mon regard obscurci,

Mon cœur dispersé en mille morceaux,

Mon âme incapable de discerner le Ciel de l'abîme.

Et, bien sûr, tout cela ne m’a pas laissée intacte ;

j'en garde toujours des traces, des blessures et des tentations persistantes,

Je suis marquée dans ma chair et dans ma mémoire,

Poursuivie par de vieux fantômes même longtemps après avoir tourné le dos aux fausses lumières du monde,

Et c’est peut-être pour cela que je suis si tranchée aujourd'hui ;

parce que j’ai vu l’envers du décor,

parce que je sais à quel point il est facile de se laisser reprendre,

parce que je me préserve, protégeant mon âme comme on protège un trésor et renonçant tant bien que mal aux idoles actuelles ;

Parce que j’ai appris, dans la douleur parfois,

Que seule la vérité rend libre et que la foi relève d' un choix à prendre chaque jour ; celui de regarder la lumière plutôt que de se laisser engloutir par les ombres,

Je ne suis pas aliénée au sens où le monde l'entend ;

Je suis simplement revenue à Dieu,

Reliée à Dieu,

Et à moi-même.


Aliénée.

C'est drôle, 

Personne ne considérait que j'étais aliénée lorsque mon existence était informe et que je la menais comme on mène une barque au milieu de la tempête

Sans savoir où j'allais

À deux doigts du naufrage,

Quand je baignais dans l'obscurité du matin au soir.

J'étais "cool", je m'enivrais, je me faisais planer, je me donnais sans frein,

un peu bizarre mais dans le genre marrant, presque poétique,

Je me détruisais mais, que voulez-vous, "il faut bien que jeunesse se fasse", j'agissais comme tant d'autres à mon âge,

Rien d'anormal,

Rien d'inquiétant,

Simplement la vie qui s'expérimente dans l'absurde et la laideur.

C'est la norme, non ?

Mais maintenant, voyez,

J'ai réussi à discerner le bien du mal,

Ce qui me fait du bien de ce qui me blesse,

J'ai découvert un amour tout divin qui me donne envie d'être à la hauteur, même si j'en suis encore loin,

Et pour lequel j'ai renoncé à ce qui m'enchainait quand le monde me croyait libre.

J'ose parler de vérité,

Et si les eaux sur lesquelles je navigue ne sont pas toujours calmes, j'ai au moins une boussole et un cap pour me donner une direction.

Je ne crois plus aux mensonges du monde,

Aux libertés illusoires,

Aux bonheurs qui s'évaporent,

Je m'efforce de vivre au-delà des réalités matérielles qui obsèdent les esprits

Et je mène des luttes que certains, sans doute, trouveraient ridicules.

On me pense aliénée parce que j'ai appris à vouloir la pureté, à voir la beauté dans les choses perçues comme ennuyeuses ; le mariage, la maternité, le don de soi, les croix parfois lourdes à porter,

Aliénée parce que mon esprit ne se laisse plus modeler par les courants qui l'emportent là où il est bien vu d'aller,

Parce que j'ai la foi,

Et que c'est à Dieu, désormais, que mon âme appartient.

Aliénée.

Si on réfléchissait, si on allait gratter la surface pour entendre ce qui résonne à l' intérieur ?

Qu’est-ce qu’aliéner, au fond, sinon devenir autre, étranger ?

Alienus ; ce qui appartient à un autre.

Et c'est vrai, j’ai longtemps appartenu à tout sauf à moi-même

Car quand je vivais loin de Dieu, je vivais loin de moi,

Étrangère à ma propre âme, à mes désirs les plus profonds, étrangère à ce qui était inscrite en moi comme une signature de l'Infini,

Comme dispersée, décentrée, éclatée en mille fragments

C’est ça, non ? la vraie aliénation ;

ne plus savoir d’où l’on vient,

ne plus comprendre pourquoi l’on souffre,

ne plus discerner ce que l’on cherche, ce que l'on veut, qui l'on est,

et naviguer dans l'existence comme un instrument désaccordé.

Dans "aliénation", moi je vois, j’entends désormais le lien, ce lien vital

qui rattache l’âme à sa source,

qui stabilise l’être,

qui donne sens à tous les élans, à tous les combats,

Et depuis que je marche ainsi, attachée à Dieu, je ne suis plus dispersée,

Ni ballottée, ni séduite par ce qui promet l’infini et tombe en miette dès qu’on le touche.

Alors si être "aliénée" signifie appartenir à un Autre, infiniment plus grand que moi,

si cela signifie laisser Sa parole me servir de guide et de nourriture,

Sa paix m'habiter,

Son amour me reprendre et me relever,

alors oui, croyez-moi,

je suis aliénée

De la plus belle manière qui soit.


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