L'enfer est-il injuste ?

 


"Voici, disent-ils, que dans le monde nous faisions une belle figure, nous Ă©tions comblĂ©s de richesses et d’honneurs, mais aujourd’hui tout cela a passĂ© comme une ombre, et il ne nous reste plus que des plaintes et des tourments Ă©ternels." - Saint Alphonse de Liguori

On n’ose plus parler de l'enfer. C'est presque devenu un tabou. On a peur de passer pour un illuminĂ© cherchant Ă  effrayer les âmes ; et pourtant, c’est une vĂ©ritĂ© essentielle de la foi.

Ceux Ă  qui Dieu a permis d’entrevoir cette rĂ©alitĂ© savent combien il est urgent d’en parler, de dire l'horreur et la douleur auxquelles s'exposent ceux qui nĂ©gligent le soin apportĂ© Ă  leur âme.

La question de sa prĂ©tendue injustice ne vient pas seulement des athĂ©es ; elle vient aussi de croyants qui ne comprennent pas comment un Dieu d’amour pourrait permettre une telle peine, parce qu’ils oublient que Dieu est aussi parfaitement juste. 

Or l’enfer n’est ni une vengeance, ni une punition arbitraire. C’est le fruit d’un choix ; celui de refuser Dieu, volontairement, et jusqu’au bout, et ce n’est pas ĂŞtre fanatique que d'oser en parler mais un acte de charitĂ© ; car taire l’enfer, c’est laisser croire que nos choix n’ont aucune consĂ©quence. 

Or is en ont ;

La Vie,

ou la damnation.

"Si une maison se mettait Ă  brĂ»ler de nuit (...), le premier qui s’en apercevrait ne courrait-il pas dans les rues en criant : au feu ! au feu ! dans telle maison ? Alors, pourquoi ne pas crier au feu de l’enfer pour rĂ©veiller tant de dormeurs assoupis dans le sommeil du pĂ©chĂ© et qui, au rĂ©veil, se trouveront dans les flammes du feu Ă©ternel ? - Saint Antoine Marie Claret

L'enfer est-il injuste ?

"Et ceux-ci s'en iront au châtiment éternel, et les justes à la vie éternelle." (Matthieu 25:46)

L'enfer n’est pas un mythe inventĂ© pour soumettre les consciences, n'en dĂ©plaise Ă  ceux qui, faute de croire, ou pour se rassurer, prĂ©tendent l'inverse. Les Écritures y font allusion, le Christ en a parlĂ©, plusieurs saints l'ont vu ; son existence est une vĂ©ritĂ© de foi. Et cependant, on a parfois du mal Ă  concilier l’idĂ©e d’un Dieu d’amour avec celle d’un châtiment douloureux et Ă©ternel. On oublie en fait que Dieu n'est pas seulement Amour mais Ă©galement Justice, une justice dont l'enfer est, en rĂ©alitĂ©, la parfaite manifestation.

Mais encore faut-il savoir de quoi on parle. Car avant d'ĂŞtre un un lieu de douleurs et souffrances, l'enfer est avant tout un Ă©tat de sĂ©paration totale et dĂ©finitive d’avec Dieu, source de toute lumière, de toute paix, de tout bien, et sans aucun espoir de soulagement. On ne peut plus connaĂ®tre Dieu, ni L'aimer, Ă  jamais privĂ©s de ce pour quoi nous avons Ă©tĂ© créés : la bĂ©atitude Ă©ternelle. C'est ce qui s'appelle la peine du dam (d'oĂą les noms "damnĂ©s", "damnation")

Maintenant, qu’est-ce qu’un châtiment injuste ? Si on prend le temps d'y rĂ©flĂ©chir de manière objective, on peut raisonnablement conclure qu'un châtiment est injuste s'il est arbitraire, disproportionnĂ©, ou infligĂ© sans avertissement ni moyens d'Ă©viter la faute qui nous l'a mĂ©ritĂ©. Or, rien de tout cela ne s’applique Ă  l’enfer. Car Dieu n’agit jamais par caprice, Il n’impose rien sans raison, et Il ne punit pas sans avoir d’abord averti, enseignĂ©, et donnĂ© les moyens de nous Ă©viter cette peine. Par les prophètes, par la Loi, par le Christ et Son Église, depuis le commencement, Dieu nous a prĂ©venus. Il a mis dans nos coeurs la loi naturelle et la voix de la conscience, Il a donnĂ© Sa grâce, les sacrements, la RĂ©vĂ©lation, et mille moyens de revenir Ă  Lui. Nous se sommes donc ni surpris, ni privĂ©s des secours nĂ©cessaires ; tout est lĂ , et tout nous est offert. 

Dieu respecte Ă©galement notre libertĂ©. Il nous laisse choisir. L’enfer n’est pas une sentence imposĂ©e contre notre volontĂ© mais prĂ©cisĂ©ment la consĂ©quence d'une volontĂ© qui Le rejette, d’un refus persistant, assumĂ©, et entretenu jusqu’Ă  la fin. Car Dieu n’enferme personne dehors ; ce sont les âmes qui s’y enferment elles-mĂŞmes en fermant leur cĹ“ur Ă  la vĂ©ritĂ©.

Certains objectent que la durĂ©e de la peine est disproportionnĂ©e ; comment un acte limitĂ© dans le temps pourrait-il mĂ©riter une peine infinie ? Mais cette objection suppose que nous soyons des ĂŞtres purement finis et temporels, or notre destinĂ©e est Ă©ternelle, et notre choix fondamental, Ă  savoir celui de Dieu ou du monde et de nous-mĂŞme, engage notre nature tout entière. Rejeter dĂ©libĂ©rĂ©ment l’Amour infini nous dĂ©tourne, de fait, d’un Bien sans mesure ; et le rejet d’un Bien infini ne peut logiquement qu’avoir une consĂ©quence infinie. Ce n'est pas Dieu qui se venge mais la libertĂ© humaine qui, en se fixant dans le refus, produit elle-mĂŞme cette sĂ©paration dĂ©finitive.

Certains se demandent aussi pourquoi Dieu ne donne pas de "seconde chance" après la mort. Mais la vie terrestre est notre seconde chance, et mĂŞme la troisième, et la centième ! Chaque jour, chaque instant, chaque Ă©preuve, chaque grâce immĂ©ritĂ©e est une invitation constante Ă  revenir Ă  Lui. C’est maintenant, le temps de la misĂ©ricorde. La mort ne fait que confirmer l’Ă©tat intĂ©rieur oĂą l’âme se trouve au moment oĂą elle quitte le corps ; tournĂ©e vers Dieu ou dĂ©tournĂ©e de Lui. Si l’on pouvait encore changer après la mort, nos vies n'auraient plus aucun poids, tout deviendrait absurde, il n'y aurait plus de sens Ă  la prière et Ă  la conversion ; la libertĂ© perdrait tout sens, notre responsabilitĂ© aussi.

Ce qu'il faut bien comprendre, c'est que Dieu n'avertit pas pour nous effrayer mais pour nous prĂ©venir. Quand une mère dit Ă  son enfant que le feu brĂ»le, si elle lui dit que mettre ses doigts mouillĂ©s dans une prise est dangereux, ce n’est Ă©videmment pas pour le contrĂ´ler par la peur mais pour le protĂ©ger. Le fait que l’enfant ait peur prouve simplement qu’il comprend le danger. Ainsi en est-il de l’enfer ; le fait qu’il nous effraie est sain et naturel. La peur n'est pas toujours une ennemie, bien au contraire ; elle est parfois une preuve de sagesse qui nous permet d'Ă©viter de graves pĂ©rils.

En rĂ©alitĂ©, l'enfer n'a rien Ă  voir avec un Dieu injuste mais avec un Dieu parfaitement juste et profondĂ©ment respectueux de la libertĂ© humaine. Car Il veut que tous soient sauvĂ©s, mais Il ne contraint personne, Il ouvre la porte du Ciel Ă  tous, mais n’oblige personne Ă  entrer, et si certains restent dehors, c’est parce qu’ils ont choisi de vivre sans Lui et qu’Ă  l’heure de la vĂ©ritĂ©, Dieu prend leur choix au sĂ©rieux.

C'est du bon sens. Un mourant qui refuse un remède offert gratuitement par son médecin se condamne lui-même ; son agonie et sa mort ne relèvent d'aucune injustice. De même, si un roi nous ouvrait les portes de son palais en nous mettant en garde, "soyez prêts", "un jour, les portes se refermeront définitivement", et que nous choisissons de ne pas le croire, ou que nous préférons vaquer à d'autres occupations plutôt que de nous préparer, nous ne pourrons nous en prendre qu'à nous-mêmes si nous nous retrouvons dehors au jour de la fermeture des portes.

Mais croire ne suffit pas : il faut aimer, et aimer, c’est obĂ©ir. Beaucoup parlent de Dieu, Le louent pour Ses grâces, Ses bienfaits, Sa crĂ©ation, mais peu acceptent de se soumettre rĂ©ellement Ă  Sa loi et de renoncer Ă  leur propre volontĂ©. Ils se font leur propre arbitre de ce qui compte vraiment, de ce qui plaĂ®t au Seigneur, ils repoussent indĂ©finiment le temps de la vraie conversion, ne comptant que sur leurs bonnes intentions.

Or, faire la volontĂ© de Dieu, c’est renoncer Ă  soi-mĂŞme, y compris dans les petites choses, et laisser Sa grâce transformer nos dĂ©sirs et nos actes. 

Matthieu 7:21-23 :

"Ce ne sont pas tous ceux qui me disent: Seigneur, Seigneur, qui entreront dans le royaume des cieux, mais bien celui qui fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux.

Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n'est-ce pas en votre nom que nous avons prophétisé? n'est-ce pas en votre nom que nous avons chassé les démons? et n'avons-nous pas, en votre nom, fait beaucoup de miracles?

Alors je leur dirai hautement: Je ne vous ai jamais connus. Retirez-vous de moi, ouvriers d'iniquité."

On ne peut pas vouloir le Ciel sans vouloir la saintetĂ©, et la saintetĂ© commence ici ; dans le combat spirituel, dans les sacrements, dans la volontĂ© d’aimer Dieu plus que le monde, plus que nos proches, plus que notre confort, nos richesses, nos habitudes. Plus que nous-mĂŞme. La mort peut nous prendre Ă  n'importe quel moment, et c'est pour cela que Notre-Seigneur nous demande de veiller et de nous tenir prĂŞts Ă  tout instant. 

L'enfer n'est pas une injustice mais le juste fruit d'une liberté mal employée et auquel les âmes se condamnent elles-mêmes,

Et s'il est sage de le craindre, Dieu ne veut pas notre peur, si ce n'est la peur de Le perdre.

Car ce qu'Il veut, c'est notre amour,

L'amour de Dieu, pour Dieu Lui-mĂŞme.

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