Profite !



Longtemps, j’ai cru à ce mensonge.

J’ai cru qu’il fallait multiplier les expériences, ne rien refuser à mes sens, explorer la noirceur autant que la lumière. Et je me suis perdue. Je me suis abîmée. Je suis tombée si bas que, si Dieu ne m'avait sauvée, ma vie aurait probablement été écourtée par mes soins.

Alors chaque fois que j’entends des adultes répéter aux jeunes qu’il faut "profiter de leur jeunesse", "qu’ils fassent leurs expériences", "qu’ils s’amusent avant que la vie sérieuse commence", j'éprouve une espèce de colère.

Car ces adultes sont des lâches.

Ils devraient protéger, guider, avertir, ils devraient leur dire que le bonheur ne se trouve pas dans les plaisirs successifs mais dans la lumière de ce pour quoi ils sont faits. Mais les pauvres ne le savent pas eux-mêmes.

J’ai d’autant plus de mal à entendre ceux qui, pour justifier cette lâcheté, disent que "si on leur interdit, ils le feront quand même." Peut-être. Mais cela ne justifie pas de baisser les bras. Cela vaut toujours la peine d’essayer, de prévenir, de poser des repères solides ; cela vaut la peine d’élever, au sens propre, les âmes et les esprits, pour qu’ils discernent d’instinct où est le mensonge et où est la vérité.

Aux jeunes hommes, je voudrais dire : profitez de cette vie non pas pour gaspiller vos forces dans l’ivresse et la paresse, mais pour gagner en discipline, en courage, en ambition. Devenez des hommes capables de porter des responsabilités, de bâtir, de protéger et d’assurer un jour la sécurité et la stabilité de votre famille.

Aux jeunes femmes : profitez de cette vie pour croître en vertu, en délicatesse de cœur, en patience et en force intérieure. Apprenez à être des épouses solides, des mères attentives, des femmes enracinées dans la vérité de Dieu, afin que votre foyer futur soit une source de lumière et de paix.

La jeunesse n’est pas une parenthèse de débauche tolérée avant la "vraie vie", elle est le temps de poser les fondations, de forger l’âme et le caractère, de s’entraîner à la lutte spirituelle. 

La vie que nous avons reçue n’a qu'un but : nous préparer à l'éternité. Faisons-en bon usage.


Profite !

Profite.

Multiplie les conquêtes, les expériences, consomme sans freins, satisfais tes désirs, suis ton cœur. Car la vie est courte ; il faut bien en jouir.

C'est une formule séduisante, un mantra qui semble plein de bon sens. . "Carpe Diem". "On n'a qu'une vie". Alors, en effet, on "profite". On réduit la joie au plaisir, surtout sensible, et nos accomplissements à une succession d’expériences plus ou moins intenses, de satisfactions instantanées qui, fatalement, en appellent d'autres. On essaie de trouver l'infini dans l’éphémère, on veut remplir un désir d’éternité avec ce qui, par nature, s'éteint sans cesse ; on ressemble à des fous qui boiraient de l'eau salée pour étancher leur soif.

On croit que la liberté se trouve dans l’absence de cadre, dans la possibilité d’agir sans règle, sans limite, selon les seules pulsions d’un cœur qui, pourtant, peut être malade, trompeur, blessé ; on ignore que la liberté n’est pas la licence et qu'elle consiste à choisir le bien et à s’ordonner à ce qui nous rend pleinement enfants de Dieu.

Malgré cela, la société, la culture dominante, tout nous pousse à nous distraire et à nous étourdir tant qu'il est encore temps. Et ce message, il s’adresse particulièrement aux plus jeunes à qui l'on fait croire qu’il faut tout essayer, tout goûter, tout expérimenter avant de s’engager. Comme si l’engagement, dans le mariage, dans une vocation religieuse, dans un choix de vie stable quelconque, s'apparentait à une prison. On fait croire que ne pas papillonner serait passer à côté de quelque chose, et si une fois à l'âge adulte on observe des crises, des chutes, des tentations, on dira que c'est normal ; "les pauvres, ils n'avaient pas eu le temps de profiter avant". Comme si on ne pouvait construire qu’après avoir erré, comme s'il fallait d'abord s'avilir pour espérer mener une vie droite. C'est une idée aussi fausse que dangereuse qui nous pousse à user prématurément ce nous avons de plus précieux ; notre corps, notre coeur, notre âme.

Au commencement, déjà, l’humanité a été trompée par un mensonge similaire. Et le démon ne change pas ses armes ; il recycle les mêmes tromperies sous des formes adaptées à chaque époque. Il nous faire croire qu'il faut transgresser pour être libre, désobéir à Dieu pour atteindre son plein potentiel et que le bonheur se trouve dans la conquête de ce qui nous est interdit. Aujourd'hui il s’habille d’autres mots, mais le principe est identique ; briser les limites, vivre sans entrave, expérimenter tout ce qui s’offre à nous, substituer la révolte à l'obéissance, les mensonges qui réconfortent à la sagesse, nos désirs à la sainteté, au risque de “passer à côté de sa vie”. 

Sans surprise, le même mensonge provoque nécessairement la même chute. Adam et Ève ont cru s’élever en goûtant le fruit, ce fruit qui semblait pourtant si beau, si bon, si inoffensif ; ils ont trouvé la honte, la division, la mort, comme on croit aujourd'hui trouver le bonheur et la liberté dans la débauche pour découvrir au contraire la dépendance, l’amertume, la solitude ; comme on croit s’enrichir d’expériences pour se retrouver finalement appauvris, blessés et vides.

C'est toujours la même histoire.

Le démon promet tout, il ne donne que le néant. Il promet la liberté, il livre l’esclavage ; la vie, et il livre la mort.

La vérité, c’est que Dieu nous a créés pour Le connaître, L’aimer et Lui obéir. C'est à cela que nous sert cette vie. Adam et Ève avaient tout et ont cru que le bonheur était ailleurs ; nous avons tout en Dieu et nous courons après des ombres. 

Alors non, “profiter de la vie” ne consiste pas à tout goûter. On n’a pas besoin de se vautrer dans la boue pour apprendre la valeur de la pureté. Pas besoin de se souiller pour apprécier la lumière. Pas besoin de piétiner sa dignité pour découvrir l'amour.

Profiter de la vie consiste justement à refuser la voix du serpent et choisir la voix du Père, à apprendre à voir dans chaque limite une protection plutôt qu'une prison, à comprendre que la liberté consiste à pouvoir dire non au mal et oui au bien, à accepter, enfin, que la vie n’est pas à consumer mais à offrir ; à nos proches d'abord, aux autres ensuite, et enfin à Dieu.

C'est précisément parce que la vie est courte et que nous n'en avons qu'une qu'il nous faut chaque jour anticiper le Ciel et choisir le chemin qui nous conduit au Seigneur.

Quelle erreur de croire que profiter de la vie revient à la consommer jusqu'à la corde.

Quelle grâce lorsqu’on ouvre les yeux et qu’on comprend que notre existence est un temps bref, unique, qui nous donne chaque jour l'occasion de nous sanctifier.

Pour nous, Chrétiens, profiter de la vie n’est pas multiplier les conquêtes mais approfondir la seule relation qui donne sens à toutes les autres ; celle que nous entretenons avec Dieu. Ce n’est pas accumuler des expériences sensibles mais grandir en vertu, en sagesse, en charité. Ce n’est pas suivre son cœur tel qu’il est mais l’éduquer, le purifier, le former à la volonté divine. Ce n’est pas prendre et consommer sans fin, mais aimer, donner, construire. Ce n’est pas jouir, c’est devenir saint.

On ne vit pas pour tout expérimenter mais pour atteindre le but qui seul satisfait le désir profond de notre âme. 

La vie est exigente. Elle demande du courage et du discernement. Elle suppose qu’on renonce à la facilité des gratifications immédiates, qu’on résiste à la paresse, qu’on déjoue les déductions d’un monde qui nous vend du plaisir pour mieux nous détourner de l’essentiel. Elle requiert de discipliner ses désirs, de ne pas devenir esclave de sa chair. Elle appelle à l’effort du bien, aux sacrifices quotidiens, à une vigilance de tous les jours, de tous les instants.

Bien sûr, il peut et il doit y avoir de la joie, et même de très grandes ; des joies profondes qui ne s’épuisent pas comme celles des sens mais qui s'inscrivent dans le temps, l'éternité, et qui élèvent l'âme plutôt que de la consumer.

On comprend alors que profiter de la vie ne signifie pas “faire tout ce que je veux tant que je le peux” mais honorer le don que Dieu m’a fait en me donnant l’existence. Ne pas la gaspiller. Investir dans ce qui ne meurt pas. Tout orienter vers l'Eternel.

La vie est trop courte, trop précieuse pour être gaspillée sous prétexte d’expérience.

La seule expérience à laquelle on doive aspirer, c’est celle qui mène au Ciel.

Alors profite, 

Utilise cette vie pour préparer ton eternite,

Pour t'amasser des trésors dans le Ciel,

Pour aimer Dieu et les autres par amour de Dieu,

Profites-en, oui, pour devenir saint.

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